LES RECOLTES GIVENCHY ou LE TRAVAIL EN AMONT DU NATUREL
Cats: PORTRAITS DE PARFUMEURS par Annick Le Guérer|FRANCOISE DONCHE, depuis vingt ans chez GIVENCHY, est expert olfactif et directrice de la création. Elle a lancé, avec succès, de nombreux produits. Entre autres activités, elle travaille en amont pour sélectionner les récoltes exceptionnelles qui inaugurent, depuis 2005, “une nouvelle culture du parfum, liée à un désir de perfection et d’exception”.
Devant la multiplication du nombre de lancements, la massification du marché et l’appauvrissement de la parfumerie, ALAIN LORENZO, le PDG de l marque, a eu l’idée des s’inspirer du savoir-faire des Champenois qui lancent une cuvée millésimée lorsque la qualité gustative de la vendange est extraordinaire. Les Parfums Givenchy comme la VEUVE CLICQUOT font partie du groupe LVMH et chaque année la récolte de la vigne comme celle des fleursvarie. D’où, telles des vendanges millésimées, des éditions millésimées qui mettent en avant une matière première naturelle d’excellente qualité. Comme pour le Champagne, les RECOLTES de Givenchy se veulent des compositions rares qui reflètent le talent de la nature cette saison là. Cette démarche artisanale, nécessairement limitée en quantité, magnifie la personnalité olfactive d’une fleur récoltée sur un terroir particulier lors d’une année remarquable.
Les fleurs concernées sont, par exemple, pour AMARIGE le mimosa ou l’ylang, pour ORGANZA la fleur d’oranger, pour VERY IRRESISTIBLE la rose et pour ANGE OU DEMON le jasmin. La prospection se fait dans le monde entier. Le mimosa vient de France, du Maroc ou de l’Inde, la fleur d’oranger de Tunisie, la rose de France, de Bulgarie ou du Maroc, le jasmin de l’Etat du Tamil Nadu à l’extrême pointe de la péninsule indienne.
Dans les mois qui précèdent la floraison, Françoise Donche se met en contact avec les producteurs pour étusier et surveiller les qualités du sol et du climat. “Le comportement olfactif est bonifié si les conditions climatiques, spécifiques à chaque parcelle, sont optimales”. Dans le cas, par exemple, du mimosa sauvage qui pousse à Tanneron, en Provence: trois, quatre mois avant la floraison qui a lieu en janvier et février, il faut comme les agriculteurs, observer la météo. Et elle le fait avec l’aide des laoratoires de MONIQUE REMY, basés à Grasse. “Si en octobre il pleut à Cannes, c’est déjà un facteur positif et si, mi-janvier, la température varie entre 18 et 22 degrés et s’il n’y a eu aucun gel, nous pourrons cueillir et sélectionner la récolte”. Après la cueillette et le traitement, tous les lots sont sentis à nouveau. “On pourra dire: celui-ci n’est pas simplement podré, vert ou boisé, mais il est aussi plus floral…” Suit un travail analytique rigoureux pour garantir l’obtention de la notion d’exception. “Il faut beaucoup de patience et, chaque fois, il y a une inconnue. Nous ne savons pas comment seront les récoltes car nous ne sommes pas maîtres de la nature”. La “mise en surveillance” débute, chaque année, dès la seconde quinzaine de novembre.
Les RECOLTES sont en phase avec la forte demande actuelle des consommateurs pour le naturel. Mais dès la création de la marque en 1957, il y a été fait appel (10 à 40 % dans les formules), raison pour laquelle la Maison revendique l’appellation Parfumerie Fine.
Givenchy ayant essentiellement un portefeuille floral pour ses féminins, la recherche de récoltes hors normes a commencé par celle des fleurs. Pour ses masculins, qui sont majoritairement des boisés, la quête est beaucoup plus difficile. En effet, contrairement aux floraux, les bois, les épices les aromates sont séchés avant d’être utilisés et ne sont pas traités en version fraiche mais en version sèche.
En ce qui concerne, par exemple, le patchouli, un produit sec, presque poussiéreux, qui apporte quelque chose d’exotique, de “sexy”, et contrecarre en les asséchant, le côté “gourmand” des notes sucrées, il n’a pu encore être identifié de cru étonnant car on le fait sécher^plusieurs mois après la récolte et il y a un “effet de vieillissement”. Mais même si Givenchy n’a pu encore déceler d’une année sur l’autre de différence olfactive inattendue, la Maison garde sa vigilance et il se peut que d’ici un an elle détecte une récolte des plus intéressantes, un peu plus terreuse ou boisée.
Des évaluations en interne, à côté des tests consommateurs qui ne sont pas vécus comme des sanctions, ont lieu avant les lancements (les majeurs se font tous les trois ans). Entêtant, écoeurant et “sale” (notes trop animales, trop inconnues, trop “sauvages”) sont les trois défauts totalement proscrits car il ne faut pas déranger une clientèle urbaine qui se plaint de la pollution. Les temps ont changé et, selon François Donche, les parfums exubérants, volubiles, trop riches, ne sont plus d’actualité. “Une tubéreuse, par exemple, dans un milieu pollué peut gêner”. Une écriture plus aérée esr demandée aux parfumeurs.
De grands “nez” comme DOMINIQUE ROPION, SOPHIE LABBE, ALBERT MORILLAS, OLIVIER CRESP, JACQUES CAVALLIER, JEAN-PIERRE BETOIRE ont travaillé pour cette marque qui laisse aux créateurs de la liberté.
Informer sur l’éaboration et la fabrication du parfum le consonnateur de la classe moyenne, allant de quinze à quatre-vingt-cinq ans, et qui est perdu dans l’accélération et la profusion des lancements est le but de cette approche. Et, surtout, le faire r^ver en redonnant à la parfumerie son image de luxe et de création.
Mes préférés: VETYVER et toutes les RECOLTES 2008. ANNICK LE GUERER.




mai 31st, 2009 at 19:20
Informer sur l’élaboration et la fabrication du parfum est une bonne idée.
Le faire uniquement en ce qui concerne les produits naturels, c’est se moquer des gens.