Globe céleste de Coronelli

Notre modestie dût-elle en souffrir, nous ne connaissons pas d’autre “expert” qui, comme nous, ait décrit - dès le 22 janvier 2008 - la manière dont les activités du luxe seraient touchées au fur et à mesure du développement de la crise. Bien au contraire, économistes, chefs d’entreprises (et journalistes les relayant) ont affirmé, de semaine en semaine, que le luxe échapperait à la récession - prédictions que les faits démentent désormais, chiffres à l’appui, de jour en jour.

On apprend ainsi que les ventes de LOUIS VUITTON ont baissé de 7 % au Japon au cours des 9 premiers mois de l’année (conduisant la marque à corriger sérieusement ses prix à la baisse), que les réservations en First ont chuté de moitié chez BRITISH AIRWAYS, que les commandes de yachts sont en chute libre, que ROLLS ROYCE et maintenant ASTON MARTIN s’apprètent à alléger leur effectif, ceci s’ajoutant à des statistiques de ventes textiles mauvaises en Occident etc… etc…

On apprend (mais que valent les chiffres chinois ?) qu’après avoir injecté 586 milliards de $ pour relancer l’activité, la Chine s’apprète à y ajouter 1460 milliards de $ via les gouvernements locaux ! La Bourse de Shangaï a perdu 70 % depuis le début de l’année; le marché de l’immobilier est dans un état difficile à apprécier tant les locaux vides (bureaux et habitations) s’accumulent. La situation en Russie serait pire encore aux dires de certains observateurs qui vantaient il y a peu ces eldorados. Il est vrai que le pétrole a perdu les deux tiers de sa valeur depuis juillet et que la plupart des matières-premières ont dévissé…

On sait qu’à la fin de l’été les achats de pierres précieuses ont explosé, avant que d’immenses “fortunes”, très endettées, ne cherchent à s’alléger de leurs avoirs visibles et plus ou moins liquides. Evidemment quand la plupart des clients du luxe souffrent, d’autres savent profiter de “la crise”: bien des empires financiers, dans l’Histoire, se sont constitués dans ces périodes pleines d’opportunités. Mais il faut s’attendre à apprendre, distillées au compte-goutte, un chapelet de mauvaises nouvelles concernant le secteur du luxe. Mauvaises nouvelles qui seront autant d’opportunités pour reconfigurer un secteur quelque peu grisé par des succès faciles.

Le vieil adage boursier s’applique aussi au luxe: “les arbres ne montent pas jusqu’au ciel”. THIERRY CARDOT