Le film s’ouvre sur le jeune Yves Saint Laurent administrant une leçon de couture à Monsieur Dior. On n’en croit pas ses yeux. Mais la farce continue avec une suite de séquences visant à montrer la Maison Christian Dior, où officie alors le surdoué Yves, comme une caverne poussiéreuse et décatie, ce qui valorisera d’autant plus la vision flamboyante de la nouvelle Maison Yves Saint Laurent (qu’on nous présente d’emblée dans des atours qu’elle n’atteindra qu’une décennie plus tard). Monsieur Dior doit se retourner dans sa tombe à la vue de ses salons Couture filmés sans doute dans une solderie de Barcelonette, des clones de Pauline Carton et Jeanne Fusier-Gir enrôlées pour figurer Carmel Snow et Hélène Lazareff. Du plus haut comique au service d’une réécriture de l’histoire.

Evidemment, la composition tout-à-fait extraordinaire de Pierre Niney force l’admiration et l’empathie pour un acteur hors-normes. Mais tout ce talent au service de quoi ? Un film d’en ennui profond, où - n’en déplaise à une critique cousue de fil blanc - on cherche en vain des personnages un peu fouillés (on n’a droit qu’aux silhouettes grotesques de Melles Galouzeau de Villepin et Smet singeant les figurantes d’un clip publicitaire des années 60), on aurait voulu une histoire d’amour et on la cherche encore (une jolie scène sur les quais, quand même), on aurait voulu se passionner pour le parcours unique et novateur qu’a conduit Pierre Bergé et on n’a droit qu’à une esquisse vague et floue où son évocation n’a guère d’intérêt. Il faut dire qu’il y a une énorme erreur de casting: Guillaume Gallienne, malgré son immense talent ne parvient (le rôle est trop mal écrit) ni à restituer Bergé, ni - pourquoi pas ? -à créer un personnage d’une quelconque épaisseur.

Yves caricaturé à la serpe. Pas une seconde de mode, de chic, de couture, d’élégance: s’agissant de Saint Laurent, il fallait le faire. Ce film l’a fait. 

ETINCELLE

Yves Saint Laurent de Jalil Lespert. En salles.